Carnet de route
Raid Mont Blanc J3 : la prophétie aura eu raison de la Belle Isabelle
Le 12/04/2026 par Guillaume Bachelier
Prophétie de l’an deux mille vingt-cinq par le gardien du temple : « la montée en ces lieux deviendra plus périlleuse que les ascensions elles-mêmes ». Vous sentez le frisson parcourir votre colonne vertébrale ? Nous étions prévenus…
Bravant la réserve d’une menace sourde, l’intrépide équipe (-1) se lance comme en 40, la fleur au fusil, pour aller conquérir la Belle Isabelle et ses courbes avantageuses. Itinéraire ? Bah, peu ou prou les traces classiques nouvellement obsolètes des cartes IGN : la gardienne nous a bien dit que ça passe par là, à ski ou en crampons, mais qu’elle n’y est pas allée donc elle ne connait pas les conditions… On les connait, nous, maintenant
. Pour info, on savait que les bonnes vieilles traces bleues des cartes topographiques étaient parfois devenues des coupe-gorges sur les glaciers agonisants, mais alors quand elles sont en plus en pointillés
. Nous commençons donc par une descente sur neige béton avec comme point d’aboutissement de belles dalles granitiques. Serrage de fesses maximal. Ça nuit quelque peu à la fluidité de la gestuelle !
. Et pour ajouter un peu à la dramaturgie matinale, un bout de corde statique sonne comme une invitation amicale mais ferme pour un rappel de 40 m… Une initiation à l’alpinisme qu’il disait, oui, mais pas 30 minutes après le déjeuner ! D’autant plus qu’on n’est pas au bout de nos peines avec une traversé piolet(s)-crampons sur une langue de neige, au demeurant excellente, mais suspendue comme une moule à son rocher et à +/- 45° ! On vous déconseille. Nostradamus 1 – CAF G 0…
Avec ces premières péripéties, nos appétits pour l’Isabelle devront être remis aux calendes grecques. Et puis comme on dit, les montagnes seront toujours là ! Les glaciers un peu moins... On décide donc d’aller profiter des pentes baignées par le soleil en ces heures matinales en direction du mythique couloir Whymper. Dans le cadre toujours magique avec sa vue panoramique version carte postale sur tout le massif. Bonne pioche ! Même si on vous épargnera l’épisode de la mutinerie anarchiste des mangeurs de dénivelés qui nous mettra un peu à l’amande sur l’horaire pour éviter de fumer la moquette…
Il ne reste plus qu’une formalité : le petit pas de (des)escalade emprunté la veille en sens inverse. Et là, comment vous décrire le mieux la scène, au risque d’une nouvelle perte d’aura… Disons que le modèle Maestro de ski trab en 164 et 78 au patin a une glisse merveilleuse sur les dalles de granit. Je recommande ! Sa structure ultra-légère lui permet même un posé délicat en contrebas. Côté récupération, c’est mode étoile de mer sur le névé pour éviter le bain norvégien dans le ruisseau tapis dans l’ombre. De quoi dompter toute forme d’égo surdéveloppé
. Nostradamus 2 – CAF G 0. Et pour tuer dans l’œuf tout suspense et clouer le cercueil d’une hypothétique remontada tardive, Christophe vient me prêter main forte avec un KO par ippon de son cru
. Je savais que je pouvais compter sur sa solidarité : Nostradamus 3 – CAF G 0 ! (NB que toute ressemblance avec le CAF GO est totalement fortuite).
Si l’on rajoute la traversée à distance respectueuse des moraines monstreuses suivie de celle de l’avalanche de séracs pour rejoindre le requin et la personne qui a fini dans une crevasse non loin du passage emprunté la veille pour accéder à la Brèche Puiseux, on vous aura prévenu !! Le mauvais oeil du réchauffement est déjà dans la place...
Guillaume




