Carnet de route
Raid Mont Blanc J5 : un condensé du raid en une seule journée :D
Le 14/04/2026 par Guillaume Bachelier
Départ 2h. Ça pique. D’autant que le vent rappelle à mes arpions l’expérience de l’année passée… En l’absence de lune il fait nuit noire à cette heure matinale et nous sommes seuls, livrés à nous-mêmes. La tension est palpable. Faut dire qu’il y a eu un mort sur l’itinéraire pour le premier traçage de la saison et que nous avons guetté pendant tout le raid les infos sur les conditions : silence radio. Pour couronner le tout, pas un CR de sortie à cette période précoce de l’année. Nous savons juste qu’il a été fait la veille, que les ponts de neige sont particulièrement fragiles et qu’une seule autre cordée se lancera comme nous, mais une bonne heure plus tard, dans l’ascension du toit de l’Europe par cet itinéraire technique des trois Monts.
Nous avançons en deux cordées, guidée par Christophe et moi. La neige est bonne et ça monte à ski sans pb : on est loin des difficultés rencontrées dès le départ l’année passée ! Mais le réconfort est de courte durée lorsqu’on arrive à la crevasse mortifère. Il ne reste plus qu’un étroit pont de quelques dizaines de centimètres de large pour un bon mètre de long. On décide de ne prendre aucun risque vu la profondeur de la saignée : amarrage sur skis ou piolet selon les appétences. Ça met dans l’ambiance !
On croyait bien avoir passé la principale difficulté de la première ascension lorsque nous arrivons sur un dédalle de crevasses. Et là, c’est pas la même. Elles sont certes moins profondes mais de ponts il n’y a plus ! La seule option qui s’offre à nous est de sauter d’une lèvre à l’autre, avec nos enclumes dans le dos
. Heureusement, la trace est légèrement descendante et nous pouvons compter sur les cordes pour enrayer un mauvais pas...
La suite est de toute beauté et assez unique : nous ferons finalement pratiquement toute la face du Tacul à ski cette année ! Neige parfaite, mais pentes soutenues tout de même. De quoi mettre un peu à rude épreuve Hervé. Hector, lui, est tout sourire, des étoiles plein les yeux pour remplacer celle qui s’évanouissent au lever du soleil. Ça fait tellement chaud au cœur de voir le fiston et son padre partager leur passion ! L’ambiance est juste incroyable au milieu des parois de glace.
Nous passons l’épaule en piolets-crampons pour rejoindre le belvédère sur la face du Maudit et les trois avions de chasse, qui ont passé les diverses crevasses comme des gazelles en liberté (comprendre non-encordées
), que l'on voit buter sur la rimaye barrant l’accès vers les terres promises : le passage est raide, sans les pieux pour s’assurer (la saison n’a clairement pas encore commencé), avec une sortie toute en glace et le tout au-dessus d’une abîme carnivore ! Si on rajoute à cela le vent glacial qui commence à mordre les chairs, nous décidons de nous contenter du Tacul permettant à Hector de faire le combo vallée blanche et Mont-Blanc, même si c’est pas tout à fait le bon
.
Le petit hic dans ce plan de retraite (rassurez-vous, l’HEPAD n’est pas encore d’actualité
), c’est qu’il faut franchir les difficultés dans l’autre sens ! Autant vous dire que ça a été collector. De quoi raconter nos heures héroïques à nos arrières petits-enfants. C’est que, si vous avais bien suivi, il faut maintenant sauter les crevasses dans le sens de la montée !! Bizarrement, on choisira l’option sans enclume, les deux piolets en avant telles des mantes religieuses pour éviter d’aller sonder les abysses cachés. On a immortalisé la scène pour que vous puissiez en profiter
).
Le reste de la descente sera une formalité si on met de côté le passage des sacs par-dessus notre aire de saut en longueur, la tentative de Christophe d’aller sonder avec les dents la profondeur de la poudreuse dans la face du Tacul, le passage de la dernière crevasse histoire de réviser une fois de plus les amarrages ou encore la partie de la vallée blanche qui donne l’impression de skier sur le barrage de Tignes (côté béton !) avec quelques obstacles en prime. La routine quoi. On n’a même pas hésité une nanoseconde à débourser les 10 € de taxe forfaitaire pour rejoindre le petit train, bondé comme il se doit, après 5 jours en quasi-solitude !
Guillaume





