Carnet de route
Raid Mercantour J2
Le 11/07/2026 par Michel Masselot
Jour2 : Je décide de maintenir l’objectif et de faire toutes les options. Chemin de traverse vers les lacs de Fourchas et de la Montagnette. Nous relevons les cairns manquants. Paysages magiques, petite gorge avec le torrent, nous découvrons le haut du vallon, un immense pierrier qui serpente jusqu’à la crête. On cherche les meilleurs passages, Muriel se rappelle le canyon avec le torrent qui circule sous les cailloux. Lors d’une pause, je remarque une pierre avec une cassure récente, Florence cherche humoristiquement le morceau manquant … et le trouve ! Nous réparons les dégâts. Un peu d’instabilité des blocs nous oblige à cheminer en ligne parfaite, comme les loups qui mettent tous la patte dans la même trace. Deux névés en traversé, je fais des marches confortables, et on bascule au soleil au bivouac italien de Borgonio. C’est là que les difficultés commencent : cairns (il y en a partout) et recherche du cheminement dans des roches moutonnées raides, nous finissons la grimpette à quatre pattes, sous le pluviomètre qui est la clef du passage. A la brèche de Borgonio, la vue porte loin, mais des pierriers rocailleux pour encore plusieurs heures de descente. Les nuages commencent à s’assembler. Passage une par une dans le petit couloir sous le col avant une traversée stratégique repérée sur les photos satellites. Cela, le gardien ne le savait pas. Suite à un éboulement, le sentier de l’énergie, sensé plat et confortable remonte au lac Fer avec une volée de 244 marches. Une courte pause avant les premiers coups de tonnerre. Descente rapide, la fatigue s’envole. Arrivée sur la suite du chemin de l’énergie, je déclare un sauve-qui-peut au sens militaire : chacune pour soit, au plus vite au refuge de Rabuons. Je reste avec les dernières. Aux premières gouttes on met les vestes, les grêlons remplacent rapidement la pluie, un cm de diamètre, bien ronds, bien durs ; on doit mettre la casquette sous la capuche et certaines auront des bleus sur les bras. Le chemin déborde, 10 cm de glaçons bloquent l’écoulement. Repos néfaste sous un tunnel pour reprendre le souffle et dans l’espoir d’une accalmie. Mauvais choix, une cascade se déverse directement sur le sentier surplombant le vide. Arrêt et attente, mais que faire ? Le refuge est à 40 minutes, celui derrière nous à 5h. La pluie cesse, nous décidons d’attendre une petite décrue. Muriel jubile, elle retrouve les conditions de canyon et m’aide à sécuriser le passage, court mais exposé. Elle passe sans sac, s’accroche au rocher et tend la main aux suivantes que je tiens aussi par l’autre main.
Concentrés, on oublie les pieds dans 30 cm d’eau et la douche totale coté gauche. On continue, obstinés, à fond, sur un tapis de grêlons. La deuxième averse de grêle est plus puissante, les éclairs s’intensifient, le tonnerre permanant. Je compte la distance, l’orage reste à environ deux km, ça tape fort sur les crêtes. Accueil chaleureux et soulagé du gardien Charly, pas autant soulagé que nous. Un thé, de l’étendage (les sur-sacs ne résistent pas à ces conditions) et un bon repas. Le reste paraitra tellement plus facile. Charly me confirme les clefs pour la descente hors sentier du Ténibre. On sait que la carte IGN est fausse, en tous cas pas assez précise pour cheminer entre les barres dans les éboulis.
D+ 1 100 m ; D- 950 m ; Distance 11,5 km ; durée 7h45 ;





